Même le jour de Noël, l’activité bat son plein à la clinique de la main de Pessac. Les accidents sont nombreux.

Pessac : une nuit de Noël

avec les chirurgiens de la main

actus06© – 26/12/2014 – Sud-Ouest – Stella Dubourg
Même le jour de Noël, l’activité bat son plein à la clinique de la main de Pessac. Les accidents sont nombreux. Une huître ou une volaille récalcitrante et c’est le drame.

«J’étais en train d’ouvrir les huîtres et j’avais une bonne cadence, en moyenne cinq par minute, et là, le couteau a dérapé. Depuis je n’ai plus de sensation au niveau de l’annulaire de ma main gauche », raconte Christophe, allongé sur un brancard. « Pourtant j’en ouvre presque tous les week-ends et il ne m’est jamais rien arrivé. »
Ma femme ne supporte pas de voir la tête du chapon alors j’ai voulu la couper et j’ai fait une mauvaise manipulation

Pris en charge à l’hôpital de Langon le soir de Noël, Christophe a été orienté hier matin vers l’Institut aquitain de la main situé à la Clinique Saint-Martin de Pessac (1). « Je savais qu’ils avaient une bonne réputation donc j’ai dit oui tout de suite. Ici, je sais qu’on est entre de bonnes mains », poursuit cet informaticien qui compte bien récupérer l’usage complet de sa main gauche.Chaque année, les victimes de couteaux à huîtres sont nombreuses, surtout sur le littoral. L’incident se solde la plupart du temps par des plaies au niveau de la main, avec dans les cas les plus graves une section de nerf ou de tendon.

11 600 patients à l’année
Un accident de la main survient toutes les 20 secondes en France, selon la Fédération européenne des services d’urgences de la main (Fesum), à laquelle appartient la clinique Saint-Martin. « Quand un patient est envoyé dans un centre Fesum, il sait que le travail sera bien fait car les chirurgiens et rééducateurs qui y travaillent sont spécialisés dans ces pathologies et maîtrisent parfaitement les techniques microchirurgicales. »

Au total, 1,4 million d’accidents de la main sont à déplorer chaque année, un chiffre en augmentation de 25 % sur les cinq dernières années. Les deux tiers sont des accidents de la vie courante : bricolage, jardinage, sport, travaux ménagers. Les plaies représentent les lésions traumatiques de la main les plus fréquentes (causées par des instruments tranchants : couteaux, verres, ciseaux…). Elles ont lieu deux fois plus souvent au cours d’accidents de la vie courante (62 %) qu’au cours d’un accident du travail (28 %).

L’Institut aquitain de la main traite quant à lui 11 600 patients par an, 7600 urgences et 4000 opérations chirurgicales programmées. « Cela représente environ 25 à 50 prises en charge par jour pour des pathologies de la main et du membre supérieur jusqu’à l’épaule. C’est du tout-venant. » Du panaris à la plaie par couteau jusqu’aux gros traumatismes (amputation de doigt ou de la main). « Les seuls patients que nous ne prenons pas en charge sont les polytraumatisés. Par exemple, un motard qui a une plaie à la main mais aussi un traumatisme crânien sera orienté vers le CHU de Bordeaux pour une prise en charge globale. »

Sauf cas particulier, tous les patients sont pris en charge en ambulatoire. « Le patient rentre le matin et ressort le soir. » Une bonne nouvelle pour les victimes de Noël qui ont pu rentrer chez elles dès hier soir.

Une anatomie particulière
Pour Christophe, il faudra attendre la fin de l’échographie pour en savoir plus sur l’ampleur des dégâts. « Toute plaie de la main doit être explorée chirurgicalement afin de voir si un tendon ou un nerf n’est pas touché », explique l’anesthésiste en plein travail. « Je commence par anesthésier la peau puis, comme pour une péridurale, on fait baigner le nerf dans un anesthésique local pour l’empêcher d’amener l’information douloureuse jusqu’au cerveau. »

L’anatomie de la main est en effet très particulière. Tous les éléments importants comme les artères, les nerfs et les tendons se trouvent juste sous la peau. Une petite incision de quelques millimètres avec un couteau peut donc suffire à sectionner ces éléments.
C’est ce qui est arrivé à Michel, le soir de Noël. « Ma femme ne supporte pas de voir la tête du chapon alors j’ai voulu la couper et j’ai fait une mauvaise manipulation avec le couteau. » Résultat, une articulation ouverte et un tendon sectionné. Venu de Marmande (47), Michel a dû passer hier matin au bloc opératoire pour suturer son tendon. « C’est désespérant d’être blessé à la main, on a peur d’être handicapé. C’est donc rassurant de trouver quelqu’un qui vous répare ça bien. » Un petit message en direction du chirurgien en pleine action qui opine du chef et rassure son patient. Un peu plus loin, Mickael, un jeune pompier se remet d’une mauvaise chute lors d’une intervention le soir de Noël. « J’ai glissé mais rien de grave. Les nerfs ne sont pas touchés ni les tendons, j’ai juste eu droit à quelques points de suture. »

Dans la salle à côté, Véronique vient d’arriver de Biganos. Sa main gauche va être examinée à la loupe. « J’ai voulu séparer deux aliments qui étaient congelés avec un couteau. Mais il a glissé et s’est planté dans ma main. Le grand classique. Je sais pourtant qu’il ne faut pas le faire », reconnaît la patiente. « La plupart du temps, il s’agit d’accidents bêtes qui auraient pu être évités. C’est pour cela que nous faisons de plus en plus de prévention », souligne Benjamin Sommier, un des sept chirurgiens de l’institut de la main.

(1) Auparavant implanté à la clinique Tourny à Bordeaux, l’Institut de la main a été déplacé à Pessac il y a douze ans afin que la structure soit plus accessible et puisse se développer. Restructuré en 2014, l’Institut a pu optimiser la qualité de l’accueil et de des soins.
(© Stella Dubourg – Sud-Ouest – 26 décembre 2014 – www.sudouest.fr)